La véritable histoire de Lady L [Monica Ali]

Ne vous fiez pas aux apparences, Lady L. n’est pas celle que vous croyez. La femme sans histoire de cette petite ville américaine cache bien des secrets. Ceux d’une princesse anglaise disparue quelques années plus tôt, morte aux yeux du monde et bien décidée à le rester. Après le succès de Sept mers et treize rivières et de En cuisine, Monica Ali ressuscite Diana, le temps d’un roman plein de mystère, de suspense et de charme.

Ce que j’en ai pensé : L’idée de départ de ce roman me plaisait. Partant du principe « Et si ? », l’auteure invente un tout autre épilogue à la saga royale de Diana. Et si elle n’était pas vraiment morte ? Et si le pont de l’Alma n’avait été qu’un « quasi accident » ? Et si elle était partie vivre cachée loin de tous (un peu comme les mythes entourant Elvis ou toute autre figure devenue mythique) ? Je nourrissais beaucoup d’espoir pour ce livre qui s’annonçait prometteur et très divertissant.

Autant dire que j’ai été globalement déçue. Je me suis beaucoup ennuyée. J’avais l’impression que l’histoire ne décollait jamais, qu’on avançait dans l’intrigue en patinant. Les personnages secondaires m’ont semblé fades et la « réalité » de cette deuxième vie — version Madame Toutelemonde — sans intérêt et très peu attrayante pour celle qui avait vécu au cœur des strass, des paillettes et des privilèges.

Bon, le volet psychologique du livre est quand même intéressant. On entend souvent la « voix » ou les pensées de l’ancienne princesse à travers des lettres ou des monologues intérieurs. Ses doutes, ses craintes, ses regrets/remords en pensant à ses fils, sa façon de gérer un quotidien, un budget, etc. C’est plutôt un atout car elle avait un profil très particulier et une relation ambivalente dangereuse avec cette presse qui était devenue sa drogue.

Je dois tout de même reconnaître que les deux ou trois derniers chapitres ont été plus rythmés et romanesques. Attention, vous allez découvrir une ancienne princesse un chouïa « Bonny & Clyde ». Sauf que ça ne rattrape pas vraiment le reste.

Au bout du compte, on se dit que le « vrai » destin a choisi une fin en adéquation avec cette figure hors norme, si l’on peut dire les choses ainsi malheureusement.

Ma note : ♥

Les larmes de Cassidy [Amy Wane]

32468923Paris, 1935.
Matthew Alban-Wilson est un jeune et brillant docteur et exerce dans un hôpital parisien. Il s’intéresse tout particulièrement à une patiente dans le coma, arrivée sept ans plus tôt. Lorsque celle qu’il a prénommée Blanche se réveille miraculeusement, le docteur ne peut refréner sa curiosité. Inspiré par les travaux de sa mère, écrivaine, et de sa grand-mère, psychiatre, Matthew demande à Blanche de lui raconter son histoire. La jeune femme est en réalité Cassidy McMurray, une aristocrate irlandaise. De Clifden à Paris en passant par l’Inde, les mots de Cassidy et la plume de Matthew retracent l’histoire d’une fille de l’Eire, l’histoire d’une femme du XXe siècle. Retrouvera-t-elle sa vie d’avant ?

Ce que j’en ai pensé : Les larmes de Cassidy est un vrai roman coup de cœur. L’auteure fait preuve d’une très belle plume à la fois sensible et raffinée. Les personnages sont attachants et les rebondissements s’enchaînent à un rythme soutenu. Le roman oscille entre les moments tragiques et les instants de bonheur. Cassidy est une jeune aristocrate atypique qui a été parfaitement éduquée dans l’optique de reprendre les rênes de l’empire industriel familial. Mais, à cette époque, diriger une entreprise, a fortiori un conglomérat pesant des milliards, n’est certainement pas une prérogative des femmes. Dans cette société patriarcale, Cassidy rencontrera une kyrielle de difficultés et de drames qui l’ébranleront au plus profond d’elle-même. Aura-t-elle le courage de surmonter toutes ces épreuves du destin afin d’occuper la place dont Sullivan, son père, rêvait pour elle ?

En tant que lectrice, on se plonge avec plaisir dans cette saga où les connaissances historiques de l’auteure sont manifestes. De la verte Irlande à l’Angleterre, en passant par les États-Unis, la France et l’Inde, on embarque dans une aventure rythmée par les drames familiaux, les secrets personnels et les amours contrariées, le tout ancré dans une société régie par les mœurs de la bonne société qui sont rarement favorables à l’émancipation de la femme. La narration se caractérise par de nombreux va-et-viens temporels, mais cela n’entrave en rien la lecture — il s’agit d’un récit ambitieux couvrant un siècle d’événements !

On ne peut pas rester indifférente au destin exceptionnel et romanesque de cette aristocrate irlandaise avide de liberté, une figure pionnière profondément en avance sur son temps.

Les larmes de Cassidy est un roman dépaysant, bouleversant et émouvant que je recommande mille et une fois !

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

La Dame des deux terres [Wendy Wallace]

1882, une jeune femme débarque en Égypte : un voyage fascinant mais terriblement dangereux…

À vingt-trois ans, Harriet Heron, gravement asthmatique depuis l’enfance, n’a quasiment jamais quitté Londres, pourtant fortement polluée par les fumées à cette époque de la révolution industrielle. Passionnée d’égyptologie, elle convainc sa mère Louisa de l’emmener à Alexandrie, afin de soigner son asthme. Sa tante Yael, vieille fille bigote, sera du voyage.
Elles rencontrent au cours de la traversée un peintre séduisant, qui s’avère être une ancienne connaissance de Louisa. Arrivée à Alexandrie, Harriet est envoûtée par les lieux – la jeune fille surprotégée commence enfin à vivre ! Elle est toutefois troublée par le mystérieux passé de sa mère, et des émeutes meurtrières viennent perturber le séjour. Harriet devra alors surmonter son handicap et triompher du danger qui la menace.

Ce que j’en ai pensé : Fort d’une couverture très soignée et attrayante, le roman La Dame des deux terres est une perle. Véritable coup de cœur de ce début de l’année, il compte parmi ses romans qui vous transportent dès les premiers chapitres. De la pollution étouffante de Londres aux paysages exotiques et ensoleillés de l’Égypte, embarquez dans ce merveilleux voyage riche en émotions !

Au travers du regard de Harriet, le lecteur vit par procuration au rythme de la vie comme elle l’était au 19e siècle pour une partie de la population relativement aisée. Les descriptions sont vivantes et captivantes, comme la partie portant sur la traversée en bateau où l’on a parfois l’impression de revoir des scènes du début du film Titanic (fort heureusement sans la fin tragique !). L’arrivée en Égypte est particulièrement bien écrite, on sentirait presque les odeurs et l’atmosphères locales, de la zone portuaire aux rues étroites peuplés d’enfants indigents.

Ce roman sait surprendre le lecteur avec des moments déchirants, à l’image de la scène tragique réunissant Harriet et M. et Mme Cox. Entre les péripéties inattendues, les secrets du passé de Louisa et la quête de liberté de Harriet, le récit est dynamique et exempt de temps morts. Le personnage de Yael, la tante célibataire, est particulièrement intéressant grâce à une personnalité complexe et une évolution scénaristique soignée.

Parmi les atouts majeurs de ce roman, on retiendra le choc des cultures (Occident/Orient) à l’époque coloniale ; la présence de thèmes centraux comme la place de la femme, le poids de la religion, l’importance des codes sociaux et de la bienséance, l’omniprésence du concept du mariage (pour les hommes comme pour les femmes).

De surcroît, je tiens à souligner l’utilisation pertinente et plaisante de termes étrangers (en arabe, en allemand), ce qui contribue à renforcer la crédibilité du récit, conjointement avec les éléments historiques. Il est évident que l’auteure a consacré du temps aux recherches — du Caire à Alexandrie, en passant par Louxor, le lecteur se plonge dans l’histoire de l’Égypte antique, notamment au travers de la passion que Harriet voue aux hiéroglyphes, une activité qui s’inscrit dans sa quête visant à commencer à vivre, tout simplement.

Offrant un voyage dans le temps et dans l’espace, ce roman est émouvant, poétique et sensible, sublimé par un style d’écriture méticuleux et élégant. Dépaysement garanti !

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Les mariées du Blitz [Helen Bryan]

La guerre fait rage aux portes de l’Angleterre, et c’est toute la petite bourgade de Crowmarsh Priors qui se trouve ébranlée. Avec l’arrivée des enfants londoniens de la capitale, les raids aériens, le rationnement… les habitants s’organisent dans leur nouveau quotidien. Parmi eux, cinq femmes noueront une amitié indéfectible malgré les épreuves de la guerre.

Qu’elles soient fille du révérend au cœur brisé par la rupture de ses fiançailles, jeune Américaine fraîchement arrivée au village, évacuée de Londres en quête d’une nouvelle vie, réfugiée juive, ou encore jeune londonienne intrépide, leur amitié les changera à jamais et leur loyauté les unes envers les autres ne flanchera pas.

Cinquante ans plus tard, quatre d’entre elles retournent au village pour les commémorations du 8 mai 1945. Mais célébrer la fin de la guerre ne les intéresse pas : elles reviennent pour venger la cinquième.

Ce que j’en ai pensé :

Les mariées du Blitz est un roman ambitieux que je recommande malgré des débuts difficiles.

En effet, l’histoire met en scène cinq personnages principaux, un nombre élevé en particulier lorsque l’on rajoute les personnages secondaires qui gravitent autour de chacun d’entre eux. J’ai eu beaucoup de mal à cerner les personnages et les intrigues pendant la première moitié du roman, compte tenu de la richesse des péripéties et des liens qui réunissent tous ces protagonistes. Il faut noter que tous ces destins s’entremêlent, alors le lecteur doit faire un effort supplémentaire pour suivre le déroulement de l’histoire. Même si j’ai failli abandonner en cours de route, la qualité des rebondissements permet de ramener le lecteur ! Je suis ravie d’avoir continué à tourner les pages car la deuxième moitié en vaut vraiment la peine !

On découvre le destin exceptionnel de cinq jeunes femmes frappées par la tragédie de la Seconde guerre mondiale. Le roman est très riche et couvre une vaste période et un espace géographique considérable. Des années précédant la guerre à l’annonce officielle des combats ; de l’Autriche à Londres en passant par la France et la Pologne. Le lecteur voit défiler sous ses yeux des scènes tantôt tragiques, tantôt émouvantes. Qu’il s’agisse de décrire l’horreur des camps en Pologne ou la difficulté du quotidien dans la campagne anglaise, l’auteure a souhaité aborder un maximum d’aspects de ces heures sombres de l’Histoire. (Peut-être un peu trop de sujets).

Des présages de la guerre aux bombardements, des menaces de rafle à la fuite effective des familles juives chassées de chez elles, on découvre au fil des chapitres la montée des violences et de la xénophobie. Les descriptions sont soignées et ne laissent pas indifférents. On se rend compte de l’ambiance difficile en Angleterre — les problèmes liés à l’immigration, mais aussi les frustrations découlant du rationnement, du manque de nourriture, du climat anxiogène, sans oublier le drame des bombardements et la perte d’êtres chers.

Ce roman adopte un point de vue intéressant : la guerre vue par le prisme du quotidien des civils. Qu’il s’agisse de décrire les combats aériens au-dessus des habitants ou la gestion des évacuations, on est plongé dans un récit vivant et réaliste qui prend aux tripes.

Sur le plan social, les habitants tentent, du mieux qu’ils peuvent, de continuer à vivre normalement. Les mariages, naissances et baptêmes rythment le quotidien pourtant difficile de Crowmarsh Priors, ce petit village anglais représentatif d’une période caractérisée par les restrictions et la menace d’une invasion allemande.

Au-delà des drames individuels, le roman intègre une intrigue plus vaste : une vengeance ! Pour qui ? pourquoi ? Où ? Comment ? Le roman aborde notamment la question militaire et politique par l’entremise des mouvements de résistance et du ministère de la Guerre. Aurez-vous envie de découvrir pourquoi nos 5 héroïnes se retrouvent mêlées à une telle histoire aux dimensions nationales/continentales ? Je vous conseille de vous accrocher et d’aller au bout du récit pour le découvrir.

Les mariées du Blitz offre une lecture de la guerre très intéressante sur le fond. Mais l’éventail pharamineux de personnages est, selon moi, un point faible qui contribue à perdre le lecteur, surtout au début. Toutefois, l’auteure parvient à proposer une histoire à multifacettes émouvante, attachante et poignante.

Je pense qu’il aurait été judicieux de réduire le casting et je soutiens que la 2e partie est de loin la meilleure. C’est rythmé et captivant. Enfin, le rebondissement final vient clore de manière dramatique cette fresque.

Avec un peu de réécriture, cela ferait un bon scénario de film.

Ma note : ♥ ♥ ♥

Trouvez ci-après un aperçu du livre (disponible chez Amazon) :

Loin de Berkley Hall [Coralie Khong-Pascaud]

Loin de Berkley Hall par [Khong-Pascaud, Coralie]Angleterre, 1911
Alors que sa sœur cadette s’apprête à faire son entrée dans la bonne société à l’occasion du bal des débutantes, Lady Catherine Davenport sème le trouble sur le domaine familial de Berkley Hall en refusant de se marier.
Éprise de liberté et de reconnaissance, Lady Catherine se rapproche de Lydia, une femme de chambre au caractère bien trempé et qui a du mal à supporter sa condition de domestique.
Ensemble, elles vont décider d’un tout autre chemin…

Ce que j’en ai pensé : « Loin de Berkley Hall » a obtenu la 2e place du concours d’écriture organisé par les éditions Charleston plus tôt cette année sur le thème Downton Abbey. Si vous êtes fan de cet univers, vous ne serez pas du tout déçu(e) par cet ouvrage très réussi.

Qu’il s’agisse de l’intrigue principale avec Lady Catherine ou des rebondissements annexes avec les personnages secondaires, on se laisse transporter avec joie dans le temps au cœur de ce domaine où cohabitent membres de l’aristocratie et simples domestiques. Les différents personnages sont dotés de personnalités riches et intéressantes. La narration est fluide, légère et rythmée.

J’ai particulièrement aimé le souci du détail de l’auteure qui nous offre des descriptions très poussées, qu’il s’agisse de l’architecture intérieure du domaine, des vêtements des personnages ou des menus des repas/festins. Cela contribue à rendre l’action encore plus vivante et crédible. On s’imagine avec beaucoup d’aisance les différentes scènes comme un film qui défile sous nos yeux au fur et à mesure que l’on tourne les pages.

En somme, j’ai été emballée par ce roman qui appelle une suite, un peu à l’image des diverses saisons de Downton Abbey ! Lady Catherine est un personnage complexe qui se prêterait facilement à cet exercice.

En attendant, je ferai durer le plaisir avec le roman Les larmes de Cassidy qui a remporté la première place du concours. Abusons donc des bonnes choses !

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥

La fille de Laiden [Suzan Tisdale]

Angleterre, 1343 – Orpheline de mère, Aishlinn est élevée par son père et ses frères, des êtres durs et cruels. Sa vie change à jamais la nuit où, confrontée à la terrible violence d’un homme, elle croit commettre l’irréparable et se voit contrainte de fuir son pays. Seule, à cheval, elle prend la route de l’Écosse.

Son destin prend de nouveau une tournure inattendue lorsque, à bout de force, elle est secourue par une bande de guerriers Highlanders, menée par le redoutable Duncan McEwan. Mais elle découvre bientôt que si ce dernier est un féroce guerrier, il n’en est pas moins un homme bon et respectueux qui fait le vœu de la protéger.

Entourée des Highlanders, Aishlinn reprend goût à la vie et découvre peu à peu que, loin d’être ordinaire et insignifiante comme elle le croyait, elle possède une force et un charme qui séduisent les hommes.

Parviendra-t-elle à échapper aux Anglais lancés à sa poursuite ? Doit-elle résister à l’attirance irrépressible qui la pousse vers Duncan ? Au milieu des paysages sauvages des Highlands, Aishlinn, la fille de Laiden, va devoir faire face à son destin.


Ce que j’en ai pensé

Envie d’aventure, de romance et d’action ? Je vous recommande chaudement ce roman qui vous fera voyager dans les superbes terres sauvages d’Écosse.

L’auteure fait preuve d’excellents talents de conteuse. Elle parvient à nous embarquer dans cette histoire haletante portée par une jeune Aishlinn frêle mais battante. Son évolution au fil des chapitres est bien traitée. On découvre un personnage à la psychologie complexe et à la personnalité attachante.

La narration est captivante, on se laisse happer par les tourments de ce personnage profondément malmené par les hommes rustres qui l’entourent — enfin jusqu’à ce que le destin lui soit plus favorable en mettant sur son chemin des Highlanders aussi séduisants que prévenants. Je regrette simplement l’usage incroyablement excessif de l’expression « jeune fille » tout au long de l’ouvrage. Cela alourdit les dialogues. Toutefois, c’est bien l’unique bémol que j’apporterai à ce livre.

Récit d’aventure où l’on se retrouve au cœur de batailles sanglantes rappelant Braveheart, on est également transporté par l’histoire d’amour passionnée et passionnante que vivent Aishlinn et Duncan, un Highlander aux nombreux attraits.

Sensible, rythmé et poignant, ce roman saura éveiller l’intérêt des lecteurs avides d’émotions. ⚔

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥

L’oiseau des neiges [Tracy Rees]

4e de couverture — Janvier 1831. Aurelia Vennaway, huit ans, héritière d’une riche famille aristocratique du comté de Surrey, découvre lors d’une promenade dans les bois du domaine familial un nouveau-né bleu de froid, posé à même la neige. Malgré l’hostilité de ses parents, elle réussit à leur faire recueillir l’enfant, qu’elle baptise Amy Snow.
À ses dix-huit ans, on découvre à Aurelia une maladie qui lui laisse peu de temps à vivre. Elle décide donc de partir en voyage quelques mois. Avant de mourir, elle laisse pour Amy une série de lettres qui vont l’aider à découvrir qui elle est et lui transmettre l’héritage qui lui revient. Amy s’embarque alors pour un périple aux quatre coins de l’Angleterre, avec, à chaque étape, une énigme à résoudre.

Ce que j’en ai pensé : J’ai beaucoup aimé cette immersion au cœur de l’Angleterre victorienne, une période fascinante qui sert de toile de fond à une amitié incroyable liant Aurelia, une jeune aristocrate aussi capricieuse qu’adorable à Amy Snow, une enfant dont les origines obscures lui seront constamment reprochées. Dans cette société régie par des mentalités, des classes et des codes sociaux d’une rigidité extrême, mieux vaut « bien » naître pour avoir une chance d’exister et d’être respecté. Ce roman parvient à restituer avec aisance cette réalité de l’époque, notamment eu égard à la condition féminine. Amy Snow incarne tout ce que rejette la société bien-pensante d’une époque résolument attachée à ses rituels, ses coutumes et ses classes sociales.

J’ai été très sensible à la vision féministe du récit — des revendications mises en évidence aussi bien sous les traits d’Aurelia qui aspire à autre chose qu’un mariage arrangé, rêvant de voyages, de bals et d’amour, que sous les traits d’Ariadne Riverthorpe, un personnage excentrique et haut en couleur qui joue un rôle déterminant dans le développement personnel d’Amy Snow en lui ouvrant les yeux sur certaines choses de la vie.

La chasse au trésor sert de fil conducteur à ce roman qui reste captivant malgré quelques longueurs qui viennent parfois alourdir le rythme. On découvre la lente métamorphose d’Amy Snow au fil de ses voyages et de ses mésaventures au sein de l’aristocratie. De Londres à Twickenham en passant par Bath et York, Amy abandonne ses guenilles pour de belles toilettes qu’elle arbore à l’occasion de bals. Toutefois, elle a bien du mal à faire oublier ses origines inconnues au sein d’une société obnubilée par la lignée. Elle se retrouve bien malgré elle au centre de plusieurs scandales, faisant figure de Cendrillon de l’ère victorienne grâce à l’héritage que lui a laissé Aurelia, sa fée marraine.

Les différents indices égrainés dans les nombreuses lettres adressées à Amy contribuent à épaissir le mystère qui entoure Aurelia. Quel est donc ce lourd secret qu’elle a pris tant de soin à cacher de ses parents ? Outre le rôle de bonne fée, Aurelia s’impose comme un guide pour Amy, l’aidant depuis l’au-delà à trouver sa place et son bonheur dans une époque où les femmes ont très peu de possibilités et d’alternatives en matière de choix de vie.

Je tiens à souligner que les derniers chapitres offrent un dénouement à la hauteur des attentes. C’est rédigé avec beaucoup de raffinement et de sensibilité. On est transporté par cette amitié, ces liens fraternels d’une profondeur inouïe qui unissent les deux jeunes femmes.

Émouvant et poignant, ce roman dresse de magnifiques portraits de femme, prenant également soin d’offrir une conclusion inattendue et bouleversante à l’égard de la mère d’Aurelia, l’un des points forts du dénouement.

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥