La vieille dame qui avait vécu dans les nuages [Maggie Leffler]

Résumé : Un roman sur le courage de ces femmes oubliées de l’Histoire qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont participé à l’effort de guerre.

A 87 ans, Mary Browning sent que le temps est venu pour elle de raconter son histoire et les secrets qu’elle garde enfouis depuis de si longues années. En fait, depuis le jour où un parachutiste est tombé dans le jardin de ses parents, faisant éclore son rêve : devenir aviatrice. Cette passion, Mary l’a vécue intensément, à chaque seconde de sa vie. Mais, en retour, elle a payé le prix fort, allant jusqu’à renier ses origines juives et sa famille pour suivre son destin.

A qui confier et transmettre le récit de ce qui fut à la fois son feu sacré et sa grande faute ? La réponse arrive en la personne d’une très jeune fille. En elle, Mary croit retrouver les traits de Sarah, sa sœur adorée qu’elle a dû abandonner. Un signe du destin qui marque le début d’une amitié aussi belle qu’improbable, faite de confidences et de récits extraordinaires jusqu’à l’émouvante révélation finale…

Ce roman est inspiré de faits réels — le rôle courageux et désintéressé joué par les femmes pilotes américaines pendant la Seconde Guerre mondiale, longtemps tenu secret. En 2009, Barack Obama leur a rendu hommage devant le Congrès.


Ce que j’en ai pensé : Grâce à la plate-forme NetGalley et aux éditions HarperCollins, j’ai eu la chance de découvrir ce merveilleux roman qui propose un très beau portrait de femme. Mary Browning est un personnage dont le destin est aussi tragique qu’extraordinaire. Au fil des chapitres, le lecteur découvre de nouvelles facettes du passé trouble de cette femme qui a connu une période charnière de l’Histoire.

La difficile féminisation du milieu de l’aviation

La Seconde Guerre Mondiale a permis à un certain nombre de femmes de découvrir les joies de l’émancipation, notamment en apprenant des métiers qui étaient jusqu’alors la chasse gardée des hommes. Ce roman présente avec beaucoup de réalisme et de justesse les difficultés rencontrées par les initiatives comme le WASP (Women Airforce Service) visant à former ces futures aviatrices qui doivent également composer avec le machisme de leurs « confrères », les mœurs d’une société encore rétrograde (les femmes ne devaient pas porter de pantalons ni sortir sans chaperon !) et les politiques réfractaires (un vote entraînant le démantèlement du WASP). En lisant ce récit, on se rend compte du chemin parcouru par les femmes et la société… même s’il reste encore beaucoup à faire.

La question de la religion

Même si le théâtre de guerre se trouve à des milliers de kilomètres, les États-Unis ne sont pas épargnés par les conséquences du nazisme. Ce roman nous montre à quel point il pouvait être handicapant d’être juif dans ce pays à cette époque-là ; par exemple, il existait des quotas pour intégrer la faculté de médecine (un fait illustré par le personnage de Sol, petit-ami de Mary, qui part s’installer à New York pour ses études). Les origines juives de Mary Browning constituent une source de conflits majeurs qui ont une incidence notable sur sa vie, en particulier au niveau des liens avec sa famille. Peut-elle trouver son bonheur tout en reniant ses origines ?

Un roman intergénérationnel

Lorsque le roman ne revient pas sur les jeunes années de Mary, il est ancré dans notre époque où Mary est désormais une vieille dame à la santé fragile. Dans le cadre d’un atelier d’écriture, cette dernière croise le chemin d’Elyse, une jeune lycéenne qui traverse une période très difficile — ses parents sont au bord du divorce, elle s’est brouillée avec sa meilleure amie et elle apprend que sa grand-mère a un cancer.

Les deux personnages vont ainsi se rapprocher et se soutenir dans leurs épreuves respectives. Rebondissement après rebondissement, le voile se lève sur les différents secrets et mystères pour finalement offrir au lecteur un dénouement émouvant.

Malgré la présence de quelques coquilles (une dernière révision ne serait pas superflue), l’écriture est fluide, les personnages sont bien construits et les intrigues demeurent captivantes. C’est un roman très humain et sensible qui a le mérite de mettre à l’honneur des femmes inspirantes.

Je recommande vivement cette belle lecture.

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥

Les mots entre mes mains [Guinevere Glasfurd]

Résumé : Helena Jans van der Strom n’est pas une servante comme les autres. Quand elle arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son indépendance et sa soif de savoir trouveront des échos dans le cœur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Quel peut être leur avenir ?

Ce que j’en ai pensé : Je tiens à remercier les éditions Préludes de m’avoir permis de découvrir cette petite perle. Je ne m’attendais pas à me plonger dans une histoire aussi émouvante. La narration est d’une grande qualité — des tournures fluides et soignées, des rebondissements qui s’enchaînent bien et confèrent un bon rythme au récit.

Œuvre de fiction, ce roman se fonde tout de même sur une relation amoureuse avérée, quoique méconnue, entre le célébrissime philosophe français et une jeune domestique ; une situation potentiellement explosive pour l’époque. Douce et attachante, Helena incarne un personnage avant-gardiste avide de liberté. Malgré sa condition sociale, elle est captivée par les mots et l’écriture. Intelligente, elle a appris à lire et écrire, ce qui est un fait rare pour une domestique à cette époque. Elle ne cherche pas à vivre au crochet d’un homme à tout prix, faisant preuve d’une capacité de réflexion remarquable lorsqu’elle s’interroge sur la tournure de sa relation avec celui qu’elle appelle « le Monsieur ».

Parfaitement consciente de sa force intérieure, elle ne ménage pas ses efforts pour trouver sa place dans une société où la femme est loin d’être l’égale de l’homme et où les mères célibataires sont mises au ban de la société. Déterminée, elle tente de vivre de ses créations car elle se sait capable d’assumer financièrement sa fille. Cela l’amène à essuyer des refus parfois humiliants auprès des professionnels qui lui affirment sans ménagement que le problème est sa condition de femme. Si elle avait été un homme, les portes se seraient ouvertes beaucoup plus facilement pour elle. Cela ne l’empêche pas de rester actrice de sa vie. Elle n’attend pas passivement que le Monsieur revienne de ses nombreux déplacements pour prendre soin de la petite Francine. Impossible de ne pas être touchée par sa force de caractère qui est mise à rude épreuve — plusieurs malheurs viennent frapper cette femme au destin singulier.

Rangs sociaux, poids de la religion, mœurs, croyances et pratiques médicales d’un autre temps… ce roman dresse un tableau éloquent d’une époque complexe peu favorable à l’épanouissement et l’émancipation des femmes.

Je recommande vivement ce roman passionnant avec pour toile de fond la société néerlandaise du siècle d’or.

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥

Je vous aime [Catherine Siguret]

Entre le titre prometteur « Je vous aime » et la couverture rose bonbon, je me suis dit que je tombais sur une histoire d’amour bien guimauve qui ferait rêver la romantique en moi ! En plus, le résumé lâche les mots clés gagnants : « coup de foudre », « bonheur » et « passion amoureuse ». Bingo ! Ce ne pouvait être qu’une histoire sucrée et gourmande dans laquelle se plonger avec délectation.

L’histoire : Alice exerce le métier de « nègre », un terme peu valorisant pour celle qui consacre son temps à rédiger l’autobiographie des stars et vedettes en manque névrotique de couverture médiatique. Tout bascule lors d’un événement littéraire où elle a le coup de foudre pour un célébrissime écrivain milliardaire, Philippe Musil. Totalement sous le charme de cet homme charismatique et séducteur, Alice voit sa vie profondément bouleversée. Elle n’a plus goût à travailler, ses pensées étant exclusivement dirigées vers cet homme qui l’hypnotise et l’obsède. Alice en vient même à dévorer toute sa bibliographie, en arrivant à la conclusion qu’elle est la femme de sa vie ! Elle tente de reprendre contact par e-mail et se retrouve à attendre désespérément que ce Philippe lui réponde. Cette histoire peut-être se muer en véritable histoire d’amour ?

Ce que j’en ai pensé : Le résumé promettait une histoire romantique, légère et plaisante. Malheureusement, j’ai été rapidement décontenancée par le style de narration auquel je n’ai pas réussi à adhérer. J’aurais certainement préféré une narration par le « je », un accès direct à l’esprit d’Alice, sans aucun intermédiaire, d’autant qu’il est question de l’expérience du coup de foudre : quoi de plus personnel ?  Cela aurait été plus facile pour moi de comprendre le personnage d’Alice.  Cela dit, je pense que ce choix de narration s’est révélé aussi problématique car il s’est couplé à un style d’écriture particulier. Si celui-ci avait été plus simple et léger, mon avis aurait pu être différent. J’ai trouvé que les tournures et formulations étaient trop souvent alambiquées, longuissimes et confuses. Ce style très recherché était, à mon sens, peu adapté au contexte et à la nature du roman.

Par ailleurs, j’ai eu beaucoup de mal à m’identifier au personnage d’Alice qui perd totalement pied en tombant éperdument amoureuse d’un homme qu’elle ne connaît pas. Elle n’hésite pas à mettre en danger sa carrière (et sa santé mentale accessoirement) pour un homme qui s’affiche avec de multiples conquêtes en une des magazines people et qui a l’audace de lui envoyer en guise de réponse à son e-mail un simple « Alors ? » à la limite de l’insulte. Il a toutes les femmes à ses pieds et cela se ressent dans sa manière de lui répondre. Comment peut-elle avoir réellement envie de revoir cet homme certes riche et célèbre, mais peu enclin à faire preuve de ses compétences d’écrivain dans sa correspondance privée ?

Vous l’aurez compris, j’ai été déçue par ce roman sur le fond comme sur la forme. Cela arrive ! On ne peut pas tout trouver chouette et on ne peut pas plaire à tout le monde.

Je ne doute pas que ce livre puisse trouver son public. Je n’en fais simplement pas partie.

Ma note : ♥

Un week-end entre amis [Sophie Kinsella]

Un week-end entre amis

Pour ce premier billet, quoi de plus approprié qu’un roman écrit par l’une des romancières de chick-lit les plus connues ? J’avais beaucoup aimé son style d’écriture dans Twenties Girl et I’ve got your number qui s’inscrivent dans la pure tradition du roman feel-good puisqu’ils mettent en scène comme personnage principal une jeune femme dynamique enchaînant les péripéties rocambolesques tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie amoureuse. Ce type de romans féminins classiques est drôle et sucré ; une gourmandise à savourer à la plage ou au coin du feu, avec un cocktail bien frais ou un thé fumant. Autant dire qu’en lisant le synopsis de Un week-end entre amis, j’avais hâte de découvrir les talents satiriques de Sophie Kinsella qui nous offre une comédie caustique sur la bourgeoisie anglaise avec une petite poignée de personnages principaux.

L’histoire : Trois couples se retrouvent le temps d’un week-end pour se remémorer leurs souvenirs de l’époque où ils vivaient encore dans la même rue, Seymour Road. Les retrouvailles se tiennent dans la splendide propriété de Patrick et Caroline. Entre match de tennis et cocktails autour de la piscine, le week-end de détente tourne rapidement au règlement de comptes. Les piques fusent, les égos se froissent et les mensonges se tissent avant que les vérités et les rancœurs n’éclatent au grand jour dans cette comédie acerbe et incisive où la sincérité des relations amicales et amoureuses est mise à rude épreuve.

Ce que j’en ai pensé : Au fil de l’histoire, les masques tombent et les personnalités se révèlent. Selon les points de vue adoptés, on se met à apprécier un personnage avant de le détester au détour d’un aveu inopiné. Bien que ce récit mette en scène des personnages issus de la bourgeoisie, le message que l’on peut tirer de ce roman peut s’appliquer à toutes les strates de la société car il porte sur le bien-fondé des comparaisons sociales, le pouvoir de l’argent et l’authenticité des sentiments. Peut-on réellement mesurer sa réussite personnelle et professionnelle en se comparant à ses « amis » ? Comment définit-on le succès ? Les amitiés et les amours sincères et désintéressés sont-ils possibles ?

On s’éloigne des codes et des mécaniques bien rodées de la chick-lit et on peut logiquement se demander : Happy ending or not happy ending ? Telle est la question. Sous une apparence superficielle se cache parfois quelque chose de profond. Voilà une raison de plus d’adorer la chick-lit et de se laisser surprendre par certaines histoires inattendues.

Ma note :